Grévistes pour le climat: syndiquons-nous!

[Note de blog. Ce texte n’engage pas la Grève pour le Climat. Ce blog est ouvert à tou.te.s, n’hésitez pas à envoyer vos textes à neuchatel@climatestrike.ch]


Il y a quelques temps déjà, j’écrivais un article incitant les syndicats à se réinventer et à privilégier un engagement écologiste dans les luttes syndicales mais aussi, par exemple, dans la gestion de fonds de pension ou autre.

Je m’intéresse ici à une mesure complémentaire, sous forme d’appel également: grévistes pour le climat, syndiquons-nous!

Mais pourquoi se syndiquer? Pourquoi rejoindre une institution souvent perçue comme vieillotte, passéiste, bureaucratique et chère? Hé bien, parce qu’on n’a pas encore trouvé mieux pour défendre les intérêts des salarié.e.s en activité et en formation!

Tout d’abord, bien que les syndicats soient généralement assez conservateurs dans nombre de domaines, voire carrément en retard, ils ne sont pas impossibles à changer! Historiquement et aujourd’hui encore, les syndicats ont su s’adapter aux changements de paradigmes et à de nombreuses luttes: combat féministe, intégration des travailleuses et travailleurs venant d’autres pays… et même, depuis quelques mois, combat écologiste! On peut regretter que les syndicats aient mis longtemps à s’investir, mais toujours est-il qu’aujourd’hui la Grève du Climat a le soutien de l’Union syndicale suisse et collabore avec ses membres que sont Unia et le Syndicat des Services publics (SSP), mais aussi avec la fédération SUD, et a le soutien de petits syndicats tels que les IWW ou la FAU en vue de la Grève pour l’Avenir du 15 mai 2020. Elle a également des contacts avec Travail.Suisse, notamment au travers de Syna, ou encore avec Uniterre, syndicat paysan. Elle discute avec d’autres syndicats encore. Ne nous contentons pas de ce qui se fait déjà, mais réjouissons-nous tout de même de voir les syndicats bouger dans la bonne direction. Rendons-nous compte: en quelques mois, les syndicats se sont emparés des questions écologistes et appellent à la grève pour le 15 mai, voire au-delà!

Ensuite, les syndicats forment probablement les organisations les plus efficaces pour défendre les droits des salarié.e.s, et même les améliorer – pensons à la retraite à 60 ans pour le gros œuvre, dans le bâtiment! Dans la perspective de la construction d’une justice climatique ambitieuse, qui ne peut qu’être couplée à une justice sociale ambitieuse, ces organisations sont fondamentales. Elles peuvent permettre d’éviter des mesures antisociales, imposer des changements au sein des entreprises, etc.

Les syndicats sont également nécessaires pour forcer le secteur privé, mais aussi le secteur public, à changer rapidement leurs pratiques en matière d’écologie.

Le mouvement de la Grève du Climat cherche à monter des collectifs sur les lieux de travail en vue du 15 mai et, on l’espère, d’une grève générale. C’est quelque chose de crucial. Mais ce n’est qu’au travers d’organisations plus larges que les salarié.e.s pourront résister à la répression patronale – et étatique. Les syndicats permettent de constituer des fonds de grève, de financer des formations, de rémunérer des secrétaires (évidemment, le débat sur le fait d’avoir des permanent.e.s doit être mené, toujours est-il qu’il peut être utile d’avoir des représentant.e.s qui ne peuvent pas être licencié.e.s), d’établir des mécanismes de solidarité entre secteurs bien syndiqué.e.s et secteurs peu syndiqués, de payer un soutien juridique…

Organisons-nous, autant que faire se peut! Au sein de la Grève du Climat, des syndicats, de partis, de groupes affinitaires, d’associations, de coopératives… Uni.e.s, nous sommes fort.e.s!

Les luttes syndicales permettent des hausses de salaire, des CCT avantageuses, des plans sociaux en cas de licenciement, des retraites anticipées dans certaines branches… À nous de mener les syndicats à renforcer la lutte écologiste!

Historiquement, bien des syndicats ont défendu des changements profonds de société. Pensons à la CGT française et à ses syndicalistes révolutionnaires qui cherchaient à renverser le système capitaliste. À la charte d’Amiens entérinant le but de changement sociétal. Aux collectivités créés par la CNT et l’UGT durant la Guerre d’Espagne. Mais aussi aux congés payés obtenus en France en 1936 – certes après que l’appareil syndical eut été quelque peu dépassé par les événements, c’est-à-dire notamment des occupations d’usines.

Si l’on veut un changement assez radical pour contrer au mieux la crise climatique et environnementale, et pour assurer la justice climatique, les syndicats sont des acteurs incontournables.

Mais un syndicat sans adhérent.e.s n’est rien. Et lesdit.e.s adhérent.e.s peuvent changer l’orientation des syndicats. D’où cet appel: rejoignons les syndicats!

Quel syndicat choisir? C’est une question parfois complexe. D’une manière générale, je dirais qu’il faut considérer plusieurs aspects: buts politiques propres; nécessité d’être bien défendu.e; présence dans le secteur d’activité ou l’entreprise/l’établissement; présence dans l’ère géographique; affinité avec les autres syndiqué.e.s.

Prenons quelques exemples.
J’encourage les étudiant.e.s, surtout sans emploi, à rejoindre SUD Étudiant.e.s et Précaires, radical et efficace. Mais il n’est vraiment actif, si l’on exclue un certain soutien juridique, que dans le canton de Vaud, étant membre de la Fédération SUD qui y est sise; et à part le soutien juridique, il est d’une force et d’une utilité toute relative hors des institutions scolaires. (On pourrait tout à fait imaginer créer une section SUD-EP dans le canton de Neuchâtel, n’hésitez pas à me contacter en cas de motivation.)
Mais le SSP ou Unia (tous deux membres de l’USS) peuvent être tout à fait indiqués également. Ces syndicats acceptent évidemment les personnes en formation. En cas de job étudiant, Unia peut être tout à fait utile en cas de conflit de travail.
Le SSP syndique les personnes travaillant dans les services publics. Dans le canton de Vaud, SUD est aussi actif dans ce domaine. Comment choisir? Je vous recommande de discuter avec vos collègues, les militant.e.s syndicaux et les secrétaires des syndicats pour vous décider.
Hors canton de Vaud, je recommande généralement Unia pour le secteur privé et le SSP pour le secteur public et parapublic. Mentionnons tout de même le SEV, également membre de l’USS, dans les transports publics, ou encore Syndicom dans certains secteur liés à la communication et au transport. Mais aussi la fédération Travail.Suisse (syndicats dits chrétiens, par opposition aux syndicats rouges de l’USS), notamment le syndicat Syna. Selon l’entreprise, il peut être intéressant de s’en approcher. Ou encore Uniterre dans l’agriculture.
Bref: il y a foison de syndicats. Peu importe où l’on se syndique, l’important est de s’organiser. On peut même être membre de plusieurs syndicats. Et beaucoup de syndicats dialoguent (l’exemple le plus abouti étant peut-être la CGAS, Communauté genevoise d’Action syndicale).
Si vous ne savez pas par où commencer, n’hésitez pas à commenter cet appel ou à nous envoyer un e-mail, on pourra en discuter.

Encore une fois, la force d’un syndicat, c’est en grande partie son nombre d’adhérent.e.s – et évidemment l’implication concrète des syndiqué.e.s

Une grève générale ne se décrète pas, elle se bâtit. La justice climatique et la justice sociale ne se quémandent pas, elles s’arrachent par la lutte.

N’attendons pas le Grand Soir: il n’arrivera jamais. Organisons notre mouvement, organisons des collectifs, organisons nos luttes, convergeons lorsque que c’est pertinent, comme mouvement ou comme individu, avec les militant.e.s des syndicats, organisations écologistes, associations de défense des chômeurs et chômeuses, associations d’aide aux migrant.e.s, groupes révolutionnaires, collectifs féministes…

Luttons pour des améliorations ici et maintenant. Commençons dès maintenant à nous fédérer. Organisons des structures de contre-pouvoir. Faisons la nique au patronat. Déstabilisons l’économie capitaliste et sa croissance suicidaire. Abolissons les frontières. Créons des espaces de gratuité et d’échange. Établissons des communs. Générons de la solidarité.

Ici et maintenant.

C’est à ce prix qu’on vaincra la fin du monde.



Robin A, militant de la Grève pour le Climat et à SUD-EP, syndiqué Unia


Contacts:
Grève pour le Climat
Unia
SSP (Syndicat des Services publics)
SUD-EP (SUD – Étudiant.e.s et précaires)

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