Neuchâtel: À propos d’un deux poids-deux mesures médiatique et policier en matière de tags

Il y a des graffitis à Neuchâtel. Beaucoup. Et ces derniers mois, on en a parlé. Beaucoup. Mais tous les graffitis ne sont pas traités de la même manière par les autorités politiques, la police et les médias. Et c’est un problème.

Le 9 octobre 2025, un fort contingent policier a arrêté deux personnes, l’une dans un lieu de vie collectif, l’autre à son travail. Les gardes à vue ont duré une bonne dizaine d’heures. Plusieurs perquisitions ont eu lieu. Elles faisaient suite à des mesures de surveillance particulièrement intrusives. Et alors que personne n’a été condamné, que personne n’a reçu ne serait-ce qu’une amende d’ordre, la police a communiqué publiquement sur le principal lieu perquisitionné, précisant même que le collectif qui l’anime – qui n’est pas visé en tant que tel – est autogéré.

La raison de ce déploiement de forces? Des tags sur la Collégiale.

Les graffitis faits sur la Collégiale autour du 1er août, d’autant plus qu’ils étaient particulièrement confus, ont fait couler beaucoup d’encre. Et l’appareil d’État a manifestement décidé qu’il s’agissait d’une affaire particulièrement grave.

Pourtant, des graffitis, il y en a à chaque match de football, sans compter les multiples tags plus ou moins artistiques ou politiques qui sont réalisés régulièrement.

Mais les médias n’en font presque jamais une affaire sérieuse, et la police ne s’exprime pas souvent dessus. Encore moins en identifiant clairement un collectif autogéré, alors que l’enquête est en cours.

Surtout, il y a des tags bien plus graves et sérieux à Neuchâtel, dont les autorités et les médias ne parlent pourtant jamais, et que la Ville ne prend pas la peine de nettoyer.

Il y a dans le chef-lieu cantonal régulièrement des tags et autocollants nazis, fascistes, masculinistes. À la ruelle Vaucher, près de la gare. Sur les palissades qui entouraient jusqu’à récemment le lycée Jean-Piaget. Et dans beaucoup d’autres lieux. Des croix celtiques, des croix gammées, des runes utilisées par les Jeunesses hitlériennes, des symboles masculinistes, des autocollants de groupuscules néo-nazis ou néo-fascistes.

Les tags sur la Collégiale, aussi confus soient-ils, aussi précieuse soit la pierre d’Hauterive, sont beaucoup moins graves que la propagande fasciste qui pollue nos rues.

Les tags et autocollants fascistes ne font pourtant pas l’objet de communiqués enflammés, d’articles dans les journaux, de débat public, de condamnations outrées.

Ils ne sont même pas effacés prioritairement pas la Ville. Ce sont des militant·es qui doivent se charger d’aller les recouvrir – ce qui est techniquement illégal et les expose à être amendé·es pour… avoir fait des tags.

Nous appelons les médias, les autorités et la police à prendre leurs responsabilités, à mettre fin à ce deux poids-deux mesures, et surtout à mieux fixer leurs priorités en matière de graffitis.

L’intercollectif

Laisser un commentaire