Le vendredi 5 septembre, plus de 400 personnes déterminées ont répondu à l’appel de la Grève du Climat et ont défilé sur l’avenue de la gare derrière le mot d’ordre « contre le pillage du monde ».
Slogans écologistes, féministes, anticapitalistes, internationalistes, en solidarité avec le peuple palestinien et la population de la République Démocratique du Congo ont résonné dans les rues. UBS a fait l’objet d’un appel au boycott énergique pour ses investissements dans les énergies fossiles et sa complicité dans le génocide du peuple palestinien.
Le mouvement en a profité pour lancer une pétition à l’attention du Grand Conseil, pour une séance de formation sur la crise climatique. La Grève du Climat rappelle que ce sont les mêmes logiques productivistes et extractivistes qui mènent aux violations des droits humains et à la destruction de l’environnement.
Retrouvez ci-dessous nos deux prises de parole.
Discours d’ouverture
Bonsoir ! Merci d’être là !
Ça fait bientôt sept ans que la Grève du Climat se mobilise. Sept ans que les mouvements écologistes ont mis la question climatique au sommet de l’agenda politique. Sept ans qu’on engrange les avancées, les victoires, les promesses. Sept ans.
Mais en fait, bientôt sept ans qu’on répète ce que la communauté scientifique, le GIEC, le Club de Rome, les entreprises pétrolières et la classe politique savent depuis des décennies, ce que l’opinion publique savait bien avant ma naissance. Sept ans qu’on voit que nos victoires sont précaires, qu’elles sont soit défensives, soit insuffisantes, sept ans que les promesses politiciennes sont souvent creuses. D’ailleurs, pas plus tard que cette semaine, notre conseiller d’État en charge de l’environnement suivi par presque toute la droite, heureusement minoritaire, a estimé qu’il ne fallait pas inscrire le respect des limites planétaires dans la loi.
Et surtout, sept ans que les principaux responsables de la crise actuelle sont épargnés.
Je ne parle pas seulement des pays les plus polluants – en fait, par rapport à sa population, la Suisse en fait largement partie. Je parle surtout de toutes les entreprises et même de l’État qui, depuis chez nous, sèment la destruction ici et ailleurs. On peut penser au secteur aérien, avec des vols souvent moins chers que le train car le kérosène n’est pas taxé. Au lobby automobile et à Albert Rösti, qui veulent élargir les autoroutes mais surtout pas soutenir les transports publics. À UBS et Credit Suisse, qui ont des locaux partout en Suisse, notamment à Neuchâtel, et qui financent gaz, charbon, ou encore armement. À AXA, qui suite à une mobilisation exemplaire a cessé de financer le complexe militaro-industriel israélien. Mais qui continue de financer la colonisation de la Cisjordanie et les mines de charbon allemandes, ce qui entraine la destruction de la forêt de Hambach et du village de Lützerath. À Glencore, qui, un exemple parmi d’autre, extrait du charbon en Colombie et le livre à l’État israélien, détruisant l’environnement et les communautés locales au passage. À Allseas, qui a son siège dans le canton de Fribourg et veut, avec Glencore notamment, ouvrir des mines dans les fonds marins. À Lafarge-Holcim, qui fait face à une plainte d’habitants d’une île indonésienne menacée par la montée des eaux, et à une plainte pour avoir versé des pots-de-vin à Daech. À l’industrie du luxe, qui utilise de l’or extrait par des enfants en République Démocratique du Congo, un pays où plusieurs millions de personnes sont mortes depuis les années 1990, un pays où les conflits armés, le travail forcé et la pollution concernent aussi les terres rares qui se retrouvent dans nos smartphones. À l’industrie de l’armement et à l’armée de notre propre pays, qui veulent acheter des drones israéliens testés sur des civils. Qui ont réussi à obtenir des milliards de budget supplémentaires, qui seraient économisés dans la santé, l’éducation, la protection de l’environnement et même l’agriculture.
Aujourd’hui, nous sommes là, avec le soutien des vingt et une organisations qui ont signé notre appel, pour dire que les luttes écologistes, antiracistes, internationalistes, féministes, queer et syndicales ne se contentent pas de s’additionner: elles se complètent et se renforcent. On est là pour dire que l’absence de plan climat efficace dans le canton de Neuchâtel, le génocide du peuple palestinien, l’oppression des populations kurdes ou sahraouies, la destruction de la forêt amazonienne ou les massacres en RDC ne sont pas des problématiques séparées, mais trouvent leur origine dans les mêmes logiques et systèmes économiques, et sont souvent soutenues et financées par les mêmes entités, qui ont souvent leur siège en Suisse.
On est là pour dire que la convergence des luttes est une nécessité. Là pour dire qu’il faut agir, et vite.
Là pour dire:
À ceux
Qui veulent
Dominer le monde
Le Monde
Répond
Résistance
Discours de clôture
Bonjour touxtes !
Aujourd’hui, j’aimerai vous parler d’une certaine personne que nous connaissons touxtes : la personne qui, lorsqu’on lui parle de l’urgence de prendre des mesures contre le réchauffement climatique, répond “Oui mais pour l’instant on n’en voit pas les effets. C’est dans un futur trop lointain pour que les gens se fassent du souci maintenant, ils doivent déjà penser à comment boucler leur fin de mois alors ils ne veulent pas mettre de sous pour lutter contre le réchauffement climatique.”
Je ne jette pas la pierre à ces personnes, chacune et chacun réagit de manière différente face à une situation d’urgence et le déni n’est pas une réaction nouvelle, il nous permet parfois de survivre à une situation difficile. Mais dans le cas présent je crains que ça ne suffise pas.
Voici maintenant ce que j’aimerais répondre à ces personnes à propos des arguments avancés :
Premièrement sur le fait qu’on ne voit pas actuellement les conséquences du réchauffement climatique, permettez-moi d’en douter. Au niveau mondial je ne citerai qu’un événement qui a marqué beaucoup de monde par ses images dignes de la fin du monde et qui m’a marquée tout particulièrement parce qu’il a touché des gens de ma famille : les terribles inondations à Valence en Espagne. Des familles ont perdu leur logement car 69’000 habitations ont été touchées par les inondations, des commerçantes et des commerçants ainsi que leurs employé.e.s ont perdu leur magasin et du même coup leur revenu. 12’500 commerces ont été touchés. Mes proches ont eu de la chance : ils vont bien, mais 230 personnes n’ont pas eu autant de chance : elles ont perdu la vie lors de ces inondations.
Plus proche de nous, il y le village de Blatten dont les images sont particulièrement impressionnantes et qui est actuellement enseveli sous la boue et les restes d’un glacier. Glacier qui est tombé à cause notamment de la hausse des températures au niveau global qui provoque le dégel. A nouveau, plusieurs centaines de personnes ont perdu leur logement et une personne a disparu.
Plus proche encore, il y a les inondations survenues au Val-de-Ruz en 2019 qui ont fait beaucoup de dégâts, la tempête qui a touché les villes de la Chaux-de-Fonds et du Locle en 2023 et dont les effets sont encore visible aujourd’hui sur les toitures et surtout sur les arbres des deux villes. Ou encore très récemment l’interruption de Festi’Neuch à cause de la tempête qui n’a heureusement fait que des dégâts matériels grâce à la prévoyance des organisatrices et des organisateurs.
Ces trois événements sont des événements climatiques extrêmes qui sont une des conséquences du réchauffement climatique contre lesquelles les scientifiques du GIEC nous mettent en garde depuis longtemps déjà.
On ne peut donc pas dire que les effets du réchauffement climatique ne sont pas visibles actuellement et qu’ils surviendront dans un futur lointain. Ils sont déjà là, ils provoquent déjà des problèmes en tous genres à des milliers si ce n’est des millions de gens et cela ne va faire que s’accentuer.
Deuxièmement, le problème de l’argent. Eh bien sur ce point aussi le réchauffement climatique a d’ores et déjà des conséquences. En effet, toutes les catastrophes dont je viens de vous parler ont eu un coût et pas des moindres. En Espagne 16,6 milliards d’euro ont dû être mobilisés pour déblayer, soigner et réparer et tout n’est pas encore fini. Pour la reconstruction de Blatten on évoque 16 millions environ et tout n’est pas non plus encore fini. Concernant le Val-de-Ruz , au moins 148’000 francs ont été dépensés et pour la tempête de la Chaux-de-Fonds et du Locle on compte 117,15 millions de francs.
Le réchauffement climatique coûte donc déjà à la société et il coûte même très cher, cela va également empirer et les coûts vont s’ajouter les uns aux autres. Les expertes et experts le disent depuis longtemps : il est moins cher de freiner le réchauffement climatique que de devoir réparer ses conséquences.
Enfin, l’argument selon lequel les gens doivent déjà se préoccuper de leur fin de mois. C’est juste mais c’est à mettre en balance avec cette affirmation du GIEC : chaque dixième de degrés de réchauffement évité au niveau global permettra de sauver des millions voire des milliards de vie. Nous aurions donc intérêt à nous soucier aussi du réchauffement climatique si nous ne voulons pas un jour avoir à nous soucier de nos vies au sens propre, car dans le monde actuel ce ne sont pas les ultra riches qui souffriront le plus des conséquences du réchauffement climatique tranquillement installé dans leur loft climatisé mais bien les personnes les plus précaires. De plus, notre système actuel qui repose sur l’exploitation du sud global et crée de la précarité dans les pays du nord global arrive à sa fin. Nous allons devoir le repenser intégralement pour pouvoir vivre dans les limites planétaires et dans le respect de l’ensemble du vivant. Cela va passer par cesser de mettre l’argent au centre de tout pour comprendre que ce qui compte vraiment ce n’est pas ce qu’une personne a sur son compte en banque à la fin du mois, les vêtements qu’elle porte, les vacances qu’elle peut s’offrir mais plutôt ses qualités humaines, les compétences qu’elle détient qui lui servent à créer un monde meilleur et qu’elle peut transmettre autour d’elle et aux générations suivantes pour leur permettre de créer un avenir plus respectueux de la planète et des gens.
Pour terminer, j’ajouterai que pour toutes ces raisons nous avons besoin de gens qui s’engagent, dans la rue comme vous et moi aujourd’hui mais aussi en amont pour informer, créer de nouveau possible, faire rêver, transmettre des compétences et organiser des manifestations par exemple. Ou encore en politique pour faire bouger les choses de l’intérieur et créer des plans climat vraiment efficients qui nous permettent de lutter contre le réchauffement climatique efficacement mais aussi de savoir réagir en situation de crise car les conséquences du réchauffement et les problèmes qu’elles créent sont déjà là. Le plan climat du canton de Neuchâtel devrait d’ailleurs être discuté bientôt au Grand Conseil. C’est pour cette raison que la Grève du Climat lance aujourd’hui une pétition pour demander que les député.e.s du Grand Conseil aient la possibilité d’avoir une formation sur le réchauffement climatique et ses enjeux au moins une fois par législature afin de comprendre le problème en profondeur et de se mettre régulièrement à jour sur les nouveaux enjeux ainsi que sur les opportunités ou solutions trouvées ailleurs qui pourraient leur permettre de trouver des solutions pour notre canton.
Cette pétition est actuellement sur notre stand, dans les mains de militantes et militants qui passent parmi vous et dans les miennes dès que je poserai ce micro. Je vous invite à la signer et à la faire signer autour de vous : l’avantage d’une pétition c’est que tout le monde peut signer, habitant.e du canton ou non, de nationalité suisse ou non et même sans être majeur.e !
Merci encore à vous toutes et tous d’être présentes et présents aujourd’hui et n’oublions pas : nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons aux générations futures !

